Chapitre 116 : Souvenirs et sentiments : le passé d'Anissa est révélé ! - L'aventure de Chris : Voyage à Johto - Fanfics - Pokémon Espace

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L'aventure de Chris : Voyage à Johto

Informations

  • Auteur : dialga7
  • Catégorie : Pokémon
  • Chapitres : 131
  • Commencée le : 26 juin 2010
  • Commentaires : 103
  • Lectures : 1053
  • Statut : En cours
  • Dernière mise à jour le : 27 mars 2012

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Chapitre 116 : Souvenirs et sentiments : le passé d'Anissa est révélé !

L'aventure de Chris : Voyage à Johto - CHAPITRE 116 : Souvenirs et sentiments : le passé d'Anissa est révélé !

Cette histoire se déroula trois ans et demi auparavant, dans la ville prospère de Safrania, dans la région de Kanto. La prospérité, Safrania la devait certainement à la firme multinationale numéro une de la région, la Sylphe SARL, entreprise spécialisée dans le hardware de haute technologie et notamment à l'origine des Pokéball, des Potions et de leurs différentes déclinaisons. Ainsi, toutes les boutiques Pokémon appartenaient à la Sylphe, ce qui assurait à cette entreprise le monopole intégral de la distribution à Kanto et Johto. Mais sa santé de fer, elle le devait surtout à Annie et Max Kawelly, deux de ses meilleurs ingénieurs, et impliqués de près ou de loin dans tous les gros succès de la firme.
Annie et Max vivaient tous deux en centre-ville, avec leur unique enfant, une petite fille prénommée Anissa, âgée de neuf ans à l'époque. Anissa rendait souvent visite à ses parents sur leur lieu de travail, et se passionnait pour leur métier. Il n'était pas rare de la voir arpenter les couloirs de la Sylphe après l'école, et là-bas, tout le monde la connaissait et l'appréciait, des agents d'entretien aux big boss du conseil d'administration.
Ce jour-là, en plein mois d'octobre, Anissa était donc venue voir ses parents comme à l'accoutumée. Elle portait une veste noire par-dessus un débardeur vert et un jean bleu. Elle avait sur la tête un chapeau de paille orné d'un ruban vert offert par sa mère lors de son neuvième anniversaire, bien qu'il fût à l'époque légèrement trop large pour son crâne. Dès son entrée dans le bâtiment, la responsable de la réception la reconnut et décrocha son téléphone.
-Salut Anissa ! Tu peux monter, je préviens tes parents de ton arrivée.
Anissa salua les vigiles de sécurité et s'empressa d'emprunter l'ascenseur et se rendit au neuvième étage. Elle pénétra dans le bureau de ses parents, une vaste salle remplie d'ordinateurs et d'appareils d'expérimentation plutôt compliqués. Derrière un des ordinateurs, une femme aux longs cheveux bruns et au regard vert perçant derrière de fines lunettes. Penché au-dessus d'elle, un homme aux cheveux noirs coupés court, le visage encadré par une barbe naissante, avec des lunettes devant ses yeux noirs. En voyant la nouvelle arrivante, le visage des deux scientifiques s'éclaira.
-Tu tombes bien, Anissa ! annonça Max. Ta mère et moi venons de finir un tout nouveau prototype que personne n'a encore vu, et on aimerait savoir ce que tu en penses.
-Le fameux Projet Master dont vous avez toujours refusé de me parler ?
-Tu dois nous en excuser, ma chérie. Ton père et moi ne pouvions prendre le risque que le projet s'ébruite.
Max sortit de la poche intérieure de sa blouse une Pokéball dont la partie supérieure était violette. Anissa ne masqua pas sa déception, pour elle il s'agissait d'une Ball comme une autre.
-C'est juste une Pokéball... ?
Max éclata de rire.
-Ce n'est pas qu'une simple Pokéball, chérie. Vois-tu, lors de la capture d'un Pokémon, la Ball utilisée calcule plusieurs paramètres en temps réel : le taux de capture du Pokémon, son niveau d'énergie et son statut. En plus de cela, la Pokéball dispose de son propre coefficient de capture, qui est égal à 1 et rend ainsi la capture très aléatoire. C'est pourquoi, ces dernières années nous avons travaillé sur la puissance propre des Pokéball, afin de les rendre moins dépendantes des paramètres extérieurs liés au Pokémon sujet à la capture.
-C'est ainsi que sont nées la Superball, puis l'Hyperball, résuma Annie.
-Mais nous ne pouvions pas nous contenter de ces améliorations, nous avons cherché à pousser l'efficacité de la Pokéball au-delà de toute limite, afin d'obtenir la capture parfaite.
Là, Max leva la Ball en l'air, comme pour qu'elle soit admirée de tous.
-Et voici la Masterball, dotée d'un coefficient de capture de 255, ce qui la rend capable de capturer n'importe quel Pokémon dans n'importe quelle condition sans se soucier de son niveau d'énergie, de son statut ou de ce qu'il a mangé à midi. Evidemment, ce n'est qu'un prototype non-testé, mais je peux garantir son fonctionnement et sa fiabilité à quatre-vingt-dix-neuf pourcents !
Il posa son regard sur sa fille, dont les yeux étincelaient devant cet objet qui semblait venir d'une autre dimension. Anissa n'avait pas tout compris aux explications de son père, mais elle en retint l'essentiel : la Masterball représentait l'objet parfait pour la capture. Une zone d'ombre l'inquiétait néanmoins.
-Papa, quand tu dis qu'elle peut attraper n'importe quel Pokémon, tu parles aussi des Oiseaux Légendaires ?
-Même le mythique Mew ne pourrait pas y résister s'il existait encore, assura Max avec confiance.
Cette nouvelle n'enchanta guère Anissa, et sa mère le remarqua.
-Qu'y a-t-il ma chérie ? On pensait que ça te ferait plaisir...
-C'est pas ça... c'est que, si tous les dresseurs de Pokémon ont des Masterball, ils pourraient partir capturer les Pokémon légendaires, et ils ne seront plus légendaires alors...
Annie et Max se regardèrent avec surprise. Ils n'avaient pas envisagé le problème d'éthique que soulevait leur projet. Et ce qui les surprenait le plus, c'était le fait que leur petite fille le leur ait rappelé.
-Tu as raison, ma chérie, approuva Annie. Papa et moi, nous nous sommes peut-être emballés trop vite dans ce Projet Master. Nous devons reconsidérer notre travail.
Max s'approcha de sa fille, posa une main sur sa tête, et plaça la Masterball entre ses mains.
-Quoiqu'il en soit, je veux que tu gardes ce premier exemplaire à titre symbolique, tu sauras l'utiliser plus sagement que nous, je n'en doute pas !
Anissa accepta le cadeau de bon cœur et le plaça dans son sac. Ses parents étaient prêts à lui montrer leurs autres projets, lorsque des coups secs se firent entendre contre la porte de leur laboratoire. Un homme d'âge mûr entra, vêtu d'un costume-cravate bordeaux impeccable, et coiffé d'un chapeau melon assorti. Annie et Max inclinèrent machinalement la tête pour le saluer.
-Bonjour, Mr le Directeur.
-Excusez-moi pour le dérangement, répondit le dirigeant de la Sylphe. Vous m'avez invité à venir assister aux résultats de votre Projet Master, et je dois admettre que je suis assez enthousiaste.
Max fit un pas en avant et s'inclina un peu plus.
-Nous sommes désolés, Mr le Directeur. En fin de compte, nous ne sommes pas encore prêts à finaliser le projet.
-Oui, juste avant votre arrivée, notre petite Anissa a pointé un défaut du projet que nous n'avions pas remarqué.
Le directeur rit de bon cœur.
-Ne vous en faites donc pas ! Vous êtes nos meilleurs ingénieurs, prenez le temps qu'il vous faudra ! Quant à la petite Anissa, je suis ravi de constater qu'elle développe déjà les mêmes talents que ses parents. D'ici une petite décennie, le duo deviendra peut-être un trio, qui sait !
Le directeur les salua une dernière fois et quitta la pièce.

Lorsque midi arriva, Annie suggéra que la famille aille déjeuner. Max se dirigea vers la fenêtre avec l'intention de la fermer, lorsqu'une curieuse scène à l'extérieur attira son attention. Des camionnettes noires arrivaient et encerclaient le bâtiment, et des dizaines d'hommes vêtus d'uniformes noirs frappés d'un R rouge en débarquaient. Intriguée par l'air grave de son mari, Annie vint voir par elle-même ce qu'il se passait.
-On va manger ou pas ? s'inquiéta Anissa. J'ai une faim de Ronflex !
L'interphone s'activa soudainement, et la voix paniquée de la responsable d'accueil se fit entendre, accompagné d'un fond sonore insupportable : des voix qui criaient, des choses qui tombaient, se brisaient...
-Message à tous les employés : la Team Rocket attaque la Sylphe ! Fuyez aussi vite et loin que possible ! Je répète, la Team Ro...
La communication se coupa aussi brusquement qu'elle avait démarré, replongeant le laboratoire dans le silence. Annie attrapa sa fille et la serra contre elle. Elle regarda Max d'un air affolé et dit d'une voix tremblante :
-Qu'est-ce qu'on fait ? Comment on est censés s'échapper ?
Max était aussi effrayé que son épouse, mais il se garda de le montrer et prit une profonde inspiration pour maîtriser son sang-froid. D'un geste presque mécanique, il alla s'asseoir devant son ordinateur principal.
-Il y a un escalier de secours au bout du couloir, pars avec la petite ! Je vais effacer toute trace du Projet Master et je vous rejoins. Si la Team Rocket met la main sur la Masterball, tous les Pokémon, et par extension le monde entier, seront condamnés... Je refuse d'être à l'origine d'une telle catastrophe...
Annie pensa tout d'abord que son mari était fou de vouloir rester au risque de se retrouver piégé, puis elle réalisa qu'elle avait sa part de responsabilité dans le projet, et que Max n'aurait jamais le temps de tout supprimer à lui seul. Elle prit également place derrière un écran, et se mit à pianoter sur son clavier.
Anissa n'avait pas encore bien compris ce qu'il se passait, mais l'expression grave sur le visage de ses parents, le mélange de peur et d'impatience qui se lisait sur leurs traits lui fit bien comprendre que la situation n'était pas idéale. De plus, sous leurs pieds, on pouvait entendre un incroyable raffut, entretenu par des coups de feu, des gens qui criaient, qui pleuraient... Avant qu'Anissa ait posé de question, Annie s'affola :
-Ils sont déjà en train d'envahir les différents étages !
-Plus vite... plus vite... marmonnait ce dernier en écrasant presque sa souris et les touches de son clavier.
Des coups furent martelés contre leur porte, jusqu'à ce qu'elle fut arrachée de ses gonds. Anissa poussa un cri perçant. Trois hommes en uniforme débarquèrent, leur revolver braqué sur les scientifiques. Un homme et une femme, semblables comme deux gouttes d'eau hormis les cheveux de la femme qui étaient plus longs, et vêtus d'un uniforme bien plus élégant que les autres, se démarquèrent. Leur regard ne laissait entrevoir que les ténèbres qui obscurcissaient leur âme.
-Ils correspondent bien aux informations que nous avons, murmura Brody à sa jumelle en se référant à la feuille de papier qu'il tenait.
-Annie et Max Kawelly, enfin nous vous trouvons, jubila Jody avec un sourire.
Annie et Max s'étaient levés, faisant face à leurs agresseurs. Anissa s'était réfugiée dans les bras de sa mère, sanglotant discrètement.
-Qu'est-ce que vous voulez ? demanda Max, essayant de dissimuler du mieux qu'il pouvait le tremblement de sa voix.
-La Sylphe SARL appartient désormais à la Team Rocket, répondit Brody. Par conséquent, toutes vos belles innovations de haute technologie sont à notre service également. Y compris un certain Projet Master...
Max laissa échapper une exclamation. Comment pouvaient-ils connaître l'existence de la Masterball alors qu'en dehors d'Annie et lui, seul le Directeur était au courant. A moins que...
-Oui, je confirme ce que vous pensez, lança Jody. Votre cher président n'est rien d'autre qu'un pion placé par la Team Rocket. Nous vous contrôlons depuis bien plus longtemps que vous ne pouvez l'imaginer.
-Au dernier rapport, enchaîna Brody, le Projet Master entrait dans sa phase finale, avec la possibilité de présenter un prototype. Nous avons donc décidé de nous révéler et d'accélérer le processus. Vous allez commencer la production de masse et équiper notre organisation en Masterball. Ainsi, les Pokémon du monde entier nous appartiendrons, et nous dominerons le monde !
Les Twin Caïds éclatèrent de rire, imités par leurs sbires, devant le désarroi total d'Annie et Max. Inconsciemment, ils avaient contribué à renforcer la plus terrible organisation criminelle de la région. Max ne pouvait cependant pas en rester là. Il sortit de sa poche une sorte de mini télécommande doté d'un unique bouton.
-Il est hors de question que la Masterball tombe entre vos mains ! cria-t-il. Si j'appuie sur ce bouton, j'enclenche un processus de formatage intégral qui touchera tous les ordinateurs de cette pièce, supprimant à jamais toute trace du Projet Master. Donc vous allez gentiment rentrer chez vous et nous ficher la paix !
Les bandits cessèrent de ricaner, et prirent un air légèrement agacé. Brody arracha une arme des mains du sbire derrière lui et la pointa sur Max.
-Mr Kawelly, vous n'êtes pas vraiment en position de négocier.
Annie se mit à pleurer et supplia son mari de ne pas faire de bêtise. Max tremblait, mais il rassembla tout son courage pour répliquer :
-Je suis prêt à accepter ma sentence si cela me permet de sauver le monde.
-Jolies paroles héroïques, Mr Kawelly, mais vous n'avez pas vraiment saisi ce que mon frère voulait dire.
Jody s'arma d'un flingue à son tour et visa la petite Anissa. Annie émit un déchirant cri de désespoir et serra sa petite fille si fort contre elle qu'on n'aurait pu croire qu'elles allaient finir par fusionner.
Max perdit alors toute foi en lui et en l'humanité. Il avait la possibilité de freiner les ambitions démesurées de la Rocket, mais il ne voulait pas que sa fille serve de sacrifice. Cependant, à quoi servirait-il de prolonger vainement leur existence en coopérant alors que par la même ils condamneraient le monde entier et eux avec ? Brody commença à s'impatienter.
-Mr Kawelly, j'attends une réponse. Allez-vous sacrifier votre fille, ou le monde entier ?
-Le Projet Master est tout à vous, mais laissez partir Anissa ! Ne la mêlez pas à tout ça !
Brody commençait à en avoir marre. Il appuya sur la gâchette et la balle vint se loger dans la cuisse droite de Max, qui poussa un terrifiant hurlement de douleur en tombant par terre. Les filles s'affolèrent et s'agenouillèrent autour de lui. Le bas de sa blouse de scientifique était taché de sang.
-De toute façon, si vous ne voulez pas coopérer, nous nous débrouillerons sans vous, menaça Jody.
-Je ne pense pas, articula difficilement Max en se redressant. Les disques durs des appareils sont protégés par une triple reconnaissance : digitale, faciale et vocale ainsi que des dizaines de mots de passe différents. Si je disparais, ce sera comme si j'avais appuyé sur le bouton, vous perdrez le Projet Master ! Alors laissez partir ma femme et ma fille !
Brody et Jody se regardèrent, et semblèrent s'être mis d'accord sans avoir eu besoin de battre même un cil.
-Ok, ce petit jeu ne m'amuse plus. La morveuse dégage, vous deux vous restez.
Anissa s'accrocha très fort à la blouse de son père, et marmonna entre deux sanglots
-Nan... je veux pas... je veux pas partir sans vous...
Max prit sa fille dans ses bras et la serra contre lui de toute sa force. Il enfouit sa tête dans sa chevelure brune et lui chuchota aussi bas que possible dans l'oreille :
-N'oublie pas que tu détiens la Masterball... quoiqu'il puisse m'arriver ne t'en sépares jamais... tu dois quitter la ville et t'enfuir aussi loin que possible...
Il regarda le visage humide, rougi d'Anissa, ses lèvres tremblantes, ses yeux remplis de larmes qui coulaient sur ses joues. Lui-même ne put s'empêcher de verser quelques larmes et embrassa longuement les deux joues de la petite. Annie vint à son tour serrer sa fille contre elle et ne cessa de l'embrasser, leurs pleurs et leurs larmes se mêlant dans un mélange inaudible ;.
-Surtout n'aie pas peur ma chérie. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer, Papa et moi nous t'aimons de tout notre cœur.
-Ca suffit maintenant ! s'emporta Brody en donnant un coup de pied dans une chaise. Foutez-moi cette gamine dehors !
Un sbire s'avança et arracha avec force Anissa des bras de sa mère. Annie se retourna, ne pouvant supporter ce spectacle, alors que la petite se débattait de toutes ses forces. Max tremblait de rage et d'amertume.
Lorsque les cris et les bruits de pas se furent suffisamment éloignés, les Twin Caïds portèrent à nouveau leur attention sur les deux ingénieurs.

Anissa fut jetée sauvagement à l'extérieur du bâtiment, et se fit très mal en retombant. Elle se releva, toujours larmoyante, et s'éloigna de la Sylphe. Elle avait toujours vécu à Safrania, et malgré sa densité, elle connaissait très bien la ville. Mais ce jour-là, tout lui paraissait étranger. Les sirènes des voitures de police, des camions de pompiers et des ambulances se mélangeaient dans un vacarme assourdissant. Les flashs des appareils photos de quelques journalistes l'éblouissaient, mais le plus effrayant était ces hommes en uniforme noir qui s'amusaient à piller quelques boutiques avoisinantes, à maltraiter les citoyens et les Pokémon sur leur chemin. Les habitants de la ville, hommes, femmes et enfants, tous couraient dans tous les sens, avec cette même expression de crainte, de terreur sur le visage, le même souffle haletant, parfois les mêmes cris d'angoisse. Anissa voyait ces gens défiler dans les rues tous les jours, elle en côtoyait certains de près ou de loin, mais aujourd'hui elle ne reconnaissait personne. Tout était embrouillé, mélangé, aussi bien dans le monde réel que dans le monde de son esprit.
Anissa voulut se cacher, mais son bon sens lui interdit de rentrer chez elle, la Team Rocket avait les coordonnées de tous les employés de la Sylphe. En marchant un peu, elle aperçut le Centre Pokémon local, le plus grand de Kanto d'ailleurs. Elle accéléra le pas et se dirigea vers le bâtiment, espérant qu'elle y trouverait des Dresseurs de Pokémon suffisamment puissants pour aller corriger la Team Rocket et sauver ses parents.
Lorsqu'elle se trouva devant les portes automatiques, celles-ci s'ouvrirent sur trois individus qui quittaient l'établissement. Ils étaient tous trois un peu plus grands que la fillette, mais ne devaient pas avoir plus d'un ou deux ans de plus qu'elle. Les yeux flous et remplis de larmes, Anissa ne fit pas vraiment attention à leur visage. Le plus à gauche portait une casquette rouge sur ses cheveux bruns et portait du rouge en haut, et du bleu en bas. Il lui adressa un sourire et une tape sur l'épaule avant de poursuivre son chemin. Il s'agissait de Raphaël, le cousin de Chris, le frère aîné de Steven. Le plus à droite était vêtu de bleu et de blanc, il avait des cheveux châtains hérissés sur son crâne et un air méprisant sur le visage. Il s'appelait Bastien, rival de Raphaël depuis toujours. Il sembla ignorer totalement la fillette et se mit en route. Celui du milieu, un blondinet à l'air un peu racaille avec son bandeau noir sur le front, s'arrêta devant Anissa. C'était Jeff.
-Hey, qu'est-ce qui t'arrive, petite ?
Anissa était trop bouleversée pour parler convenablement, les événements se bousculaient encore dans sa tête, et elle n'arrivait pas à faire le ménage dans son esprit.
-Maman... Papa... la Sylphe...
Jeff attira la gamine contre lui et posa sa main contre l'arrière de son crâne.
-T'en fais pas ! Mes potes et moi, on est là pour casser la Rocket. Met-toi à l'aise au Centre Pokémon et laisse-nous faire !
Jeff lâcha Anissa et courut rejoindre ses amis. Anissa les regarda s'éloigner tout en essuyant ses larmes. Elle n'entra pas à l'intérieur du Centre Pokémon. Elle s'assit sur le sol froid et dur, dos contre le mur, les bras autour de ses jambes. Elle voulait être la première à assister au retour des Dresseurs de Palette, accompagnés de ses parents, d'éventuels autres survivants de la Sylphe et de tous les habitants de Safrania qui feraient la fête et célèbreraient la débâcle de la Rocket. Anissa sortit la Masterball de son sac et la contempla longuement. Elle maudit le jour où cet objet avait été conçu, le rangea dans son sac et posa la tête sur les genoux, fermant doucement les yeux. Avant qu'elle ne s'en rendît compte, elle avait déjà pris sommeil.
Raphaël et les autres revinrent beaucoup plus tard, la nuit était déjà tombée, et ils trouvèrent la petite fille assoupie contre la façade du Centre Pokémon. Avec l'aide de Raphaël, Jeff porta la gamine jusque dans une chambre du Centre.

Tard dans la nuit, Anissa fut réveillée par les rayons de lune qui éclairaient son visage. Elle se redressa brusquement, et tourna la tête de tous les côtés, se demandant où elle pouvait bien se trouver. Son sac à dos était posé à terre, à côté du lit sur lequel elle avait dormi. Elle le prit, se leva, et quitta la chambre. Tandis qu'elle marchait dans le couloir, elle entendait du bruit sous ses pieds. Elle descendit l'escalier, et reconnut le rez-de-chaussée du Centre Pokémon.
Ce soir-là, il était bondé de monde, qui mangeaient, buvaient, riaient... bref, cela semblait être une belle petite fête. Anissa n'eut aucun mal à identifier les invités d'honneur, assis au comptoir et félicités de toutes parts. Il s'agissait des trois garçons qu'elle avait rencontrés devant les portes du Centre. A ce moment-là, son cœur s'emballa avec excitation. Pour mériter une telle acclamation, ils avaient très certainement chassé la Rocket, et donc sauvé la Sylphe SARL et ses employés. Elle reconnut d'ailleurs certains salariés de la compagnie, et se mit à chercher ses parents de vue, mais sans résultat. Difficilement, elle se fraya un passage à travers la foule présente jusqu'aux héros de la soirée. Lorsqu'ils l'aperçurent, Raphaël et Bastien baissèrent la tête, détournant le regard, effaçant le sourire triomphant de leur visage. Jeff déposa son verre à moitié vide et se leva de son siège.
-Où sont mes parents ? lui demanda Anissa alors qu'il s'approchait d'elle.
Sans un mot, les lèvres serrées, il la prit par la main et l'entraîna avec lui. Anissa crut d'abord qu'il allait la mener à eux, et qu'ils se reposaient sans doute dans une autre chambre du Centre Pokémon. Son cœur commença à battre d'inquiétude lorsqu'elle réalisa qu'il la ramenait dans la chambre où elle s'était réveillée. Après avoir fermé la porte, Jeff sortit un objet rectangulaire vert et blanc de sa poche, et le tendit vers Anissa. Cette dernière le reconnut, il s'agissait d'une clé USB appartenant à son père. La voix monotone, le regard toujours détourné, Jeff dit :
-La Sylphe a connu beaucoup de pertes dans l'attaque de la Rocket, et ton père m'a demandé de te remettre ceci... dans son dernier souffle.
Les yeux déjà remplis de larmes, Anissa commença à renifler. Mais Jeff n'avait pas encore fini.
-Ta mère avait déjà rendu l'âme quand nous sommes arrivés.
Il lui épargna les détails atroces. Après qu'Anissa ait été expulsée de l'établissement de la Sylphe, Annie et Max avaient feint la coopération afin de totalement supprimer toute trace du Projet Master sur leurs ordinateurs et formater tous les disques durs. Max avait néanmoins sauvegardé une copie intégrale du projet dans une clé USB qu'il avait ensuite dissimulé sur lui. Lorsque Max révéla la supercherie aux Twin Caïds, Brody fou de rage tira sur Annie et l'atteignit en plein cœur. Jody atteignit Max dans le foie avec sang-froid, laissant mari et femme baigner dans leur sang. Lorsque Jeff arriva jusqu'à eux, seul Max avait encore un semblant de souffle. Il lui confia la clé et lui demanda de la remettre à sa fille. Les secours n'avaient rien pu faire pour eux.
Se retenant d'éclater en sanglots, Anissa s'accrocha au vêtement de Jeff, les mains tremblantes.
-Tu mens ! Pourquoi tu veux pas me dire où sont mes parents ? Pourquoi tu veux pas me dire ?!
Jeff ne répondit pas, la tête tournée sur la gauche, le regard vide. Anissa accepta alors l'implacable vérité et pleura, la tête contre la poitrine de Jeff. Cette nuit-là, elle pleura comme elle n'avait jamais pleuré, comme si son corps était une réserve inépuisable de larmes, des larmes de chagrin et de rage.
Jeff la serra contre lui, incapable de dire ou faire quoique ce soit pour la réconforter. Il ne pouvait s'empêcher de verser quelques larmes, lui aussi. Il ne connaissait ni Anissa ni ses parents, bien sûr, mais il avait lui-même grandi sans parents et ne connaissait que trop bien la solitude qui attendait la petite plus tard.

Le lendemain, les trois héros de Palette se préparaient à partir, leur mission accomplie. Alors qu'elle leur rendait leurs Pokémon, l'Infirmière Joëlle les questionna sur leur prochaine destination. Bastien fut le premier à répondre.
-Je pars pour Cramois'Île, où je gagnerai mon septième Badge.
-Je vais profiter qu'on soit à Safrania pour aller défier la Championne, répondit à son tour Raphaël. Et là ça me fera six Badges.
-Je vais rester un peu et m'occuper d'Anissa.
La fillette, assise à un coin, n'avait pas touché à son petit-déjeuner, et reniflait, le visage toujours aussi humide.
-Arrête tes conneries, Jeff, lança Bastien. Tu es le plus en retard de nous trois avec quatre malheureux Badges et tu veux suspendre ta quête ? Vu ton rythme, tu ne seras jamais prêt pour la Ligue Pokémon !
-Il n'a pas tort, renchérit Raphaël, en plus l'attaque de la Rocket a causé quelques dizaines de victimes, tous les Safraniens ont perdu un parent, un ami ou un voisin, pourquoi c'est cette enfant en particulier qui te préoccupe ?
-Vous ne comprenez rien ! s'emporta Jeff en serrant les poings. Je lui avais promis que je sauverais ses parents, et j'ai échoué...
-Ca t'apprendra à jouer les héros, coupa Bastien. Espèce de minable.
-Elle se retrouve orpheline, reprit Jeff, comme le bébé Osselait à Lavanville... Mais vous ça ne vous fait rien, vous avez encore votre famille à la maison...
Bastien en avait suffisamment entendu, et fut le premier à partir. Raphaël traîna un peu dans le coin pour aider Jeff, puis vaqua à ses occupations à son tour.
En milieu d'après-midi, Jeff quitta le Centre Pokémon avec Anissa. Les sanglots de la petite étaient moins fréquents, et le blondinet l'entraîna vers la périphérie est de la ville. Anissa ne savait pas pourquoi mais elle voulait rester aux côtés de Jeff, à présent qu'elle n'avait plus de repères.
-Tu as un oncle, une tante ou des grands-parents chez qui tu pourrais aller ?
Anissa fit non de la tête. Elle n'avait pour famille proche que son père et sa mère. Ils avaient sûrement des cousins, mais elle ne savait pas grand-chose d'eux. Ayant anticipé cette possibilité, Jeff soupira et continua dans la même direction. Ils arrivèrent bientôt devant un panneau qui leur indiquait qu'ils quittaient Safrania pour la Route 8, et non loin devant on apercevait déjà le poste-frontière. Anissa s'arrêta aussitôt.
-Où est-ce qu'on va ?
-Je t'emmène quelque part où tu pourras rester quelques temps, répondit Jeff.
-Je veux pas quitter Safrania... dit Anissa d'une voix tremblante.
Elle recommença à pleurer. Elle n'avait jamais été plus loin que les quatre murs de cette ville, et l'inconnu lui faisait peur, très peur. Elle prit le bras gauche de Jeff entre ses mains et le pressa contre elle. Jeff soupira longuement.
-Ecoute, si c'était aussi simple, je t'aurais déjà ramené chez toi. Mais pour l'instant, c'est risqué de rester à Safrania. Nous n'avons pas exterminé la Team Rocket, on l'a juste repoussée. Et tu possèdes apparemment ce qu'ils recherchaient, ce qui fait de toi une cible. Tu dois te faire oublier quelques temps. N'aie pas peur, tant que je suis là, il ne t'arrivera rien.
Anissa essuya ses larmes avec sa manche et accepta de suivre Jeff. Ainsi, ils quittèrent Safrania et se rendirent sur la Route 8.

Fatalement, ce chemin les conduisit une semaine plus tard à Lavanville, triste petite ville à l'époque fleurant bon le passé. Anissa fut impressionnée par la hauteur de la Tour Pokémon, bien qu'elle ne fût pas encore comparable à la Sylphe.
Les deux enfants entrèrent dans une maison, où se trouvait un vieil homme entouré de Pokémon.
-Yo, Mr. Fuji !
-Tiens, Jeff ! Je ne m'attendais pas à te revoir de sitôt !
Jeff expliqua la situation au vieillard, et lui demanda s'il pouvait s'occuper d'Anissa quelques temps. Lavanville et sa Tour avaient déjà été libérées du joug de la Rocket, elles ne risquaient pas d'être attaquées à nouveau. Si pour Mr Fuji, garder Anissa ne posait aucun problème –il élevait déjà des Pokémon orphelins, la principale intéressée ne partageait pas le même enthousiasme.
Lorsque tout fut réglé, Jeff se retrouva seul dehors avec la petite pour lui faire ses adieux. Mais Anissa, sur le point de fondre à nouveau en larmes, refusait de le lâcher.
-Je veux rester avec toi ! Ne me laisse pas toute seule !
Jeff plaça ses deux mains sur les épaules de la fillette et la regarda droit dans les yeux pour la première fois depuis les événements de la veille.
-Je ne peux pas rester plus longtemps, je suis un Dresseur en quête de gloire et j'ai des Arènes à aller défier. Je sais que ça va être très difficile, et que chaque jour te paraîtra une éternité de souffrance et de solitude, mais tu vas devoir te montrer forte, et survivre, du moins pour l'instant. Dans quelques mois tu auras dix ans, à ce moment-là passe au Bourg Palette et vient récupérer un Pokémon chez le Professeur Chen. Quand tu auras des Pokémon, tous tes soucis s'envoleront !
Il la serra dans ses bras, lui donna quelques dernières recommandations et lui tourna le dos. Et alors qu'il s'éloignait, il ajouta, sans se retourner ni freiner sa marche :
-Et puis, qui sait, quand tu seras devenue Dresseuse, on fera p'tet un bout de chemin ensemble ?...

Les premiers jours furent difficiles, voire insupportables, mais Anissa finit par accepter sa condition et cessa de pleurer. Elle vécut donc quelques mois chez Mr Fuji, et au printemps suivit avec ferveur le Tournoi du Plateau Indigo auquel participa Jeff. Elle fêta ses dix ans au mois de mai, et en conséquence se rendit au Bourg Palette, où elle reçut un Carapuce des mains du Prof Chen. Dès lors, elle parcourut la région de Kanto, découvrant ses paysages, ses habitants et ses Pokémon. Elle rassembla huit Badges officiels de la Ligue Pokémon, et participa à sa première conférence de ligue, où elle fut éliminée au quatrième tour.
Mais la vraie déception qui l'envahit, au terme de cette première année de dressage, c'était celle de n'avoir jamais pu retrouver Jeff. Elle apprit peu de temps après qu'il s'était aventuré à Johto, et décida de s'y rendre à son tour.
Elle découvrit un nouveau paysage, de nouvelles cultures et de nouveaux Pokémon. Elle rencontra de nouveaux Dresseurs, remporta de nouvelles batailles, et rassembla une autre collection de Badges, qui lui permit au printemps suivant de participer à la Conférence Argentée, où elle revit Jeff pour la première fois depuis les incidents de Safrania, deux ans et demi plus tôt.
Malheureusement pour elle, Jeff ne sembla jamais la reconnaître. Pourtant, ils s'affrontèrent en huitième de finale de l'épreuve –match largement gagné par le voyou blond qui n'échoua qu'en finale, mais Jeff s'était toujours comporté comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient. Il fallait dire qu'Anissa ne fit pas tous les efforts non plus, et ne lui avait pas rappelé les événements, de peur de rouvrir ses propres blessures. Mais elle se sentit profondément vexée et déçue de voir que son sauveur l'avait déjà supprimée de sa mémoire.
Leur dernière rencontre ne mérite pas tant d'explications, puisque tous deux avaient accompagné Chris à Ebenelle. Anissa s'était montrée peu amicale envers Jeff, rancunière de l'affront qu'il lui avait causé, mais dans le fond, elle avait apprécié sa compagnie, sa présence avait quelque chose de réconfortant qui dissipait tous ses doutes. Elle n'avait jamais trouvé le bon moment ni les mots justes pour le remercier de son aide, mais elle espérait toujours que la prochaine fois serait la bonne, et qu'elle parviendrait à s'exprimer.

Anissa acheva ici son histoire, certaine d'avoir fait le tour de la question. Ses yeux tentaient de percer l'horizon par-delà la mer, ses mains tenaient encore la Masterball, son héritage en quelque sorte. Elle poussa un soupir de soulagement qui la surprit. Elle se sentait libérée d'un poids qui pesait sur son cœur depuis trop longtemps. Elle jeta son regard sur Chris, étendu sur la jetée à côté d'elle, les yeux clos.
-L'enfoiré ! grogna-t-elle en serrant les poings. Il ne m'a même pas écouté !
Comme pour la contredire, Chris se redressa et s'étira de tout son long.
-Bon alors, tu peux reprendre à partir du moment où tu dis que tu vivais avec tes parents à Safrania ?
-C'est tout au début, imbécile !
Anissa lâcha sa canne et tenta de coller un pain dans la figure de Chris. Ce dernier attrapa ses poignets et essayait de les éloigner de son visage.
-Du calme ! Du calme ! Je rigole ! Je t'ai écouté jusqu'au bout !
Anissa reprit sa canne en main et se mit à bouder. Chris regarda le ciel, sûrement en proie à une réflexion. Le silence envahit les lieux, jusqu'à ce que le garçon le brisât.
-Je suis désolé pour ce qui est arrivé à tes parents. Maman dit souvent qu'on doit tous passer par ce genre d'épreuves, que c'est une sorte de test que seuls les plus forts mentalement peuvent réussir. J'aimerais dire que je comprends ce que tu ressens, mais je mentirais puisque tous ceux auxquels je tiens sont encore vivants. Néanmoins, n'oublie jamais que... tu n'es plus seule ! Jeff, Steven, moi... Tu es notre amie, et à ce titre, tu n'as plus à porter de lourd fardeau sur tes épaules.
Il leva son pouce et offrit à son amie son plus large sourire. Anissa sourit à son tour, et regarda la Masterball posée devant elle, qui lui semblait avoir perdu l'air maudit qu'elle lui avait prêté toutes ces années.
A ce moment-là, les rayons du soleil parvinrent à transpercer l'atmosphère glaciale du Borug Geon et vinrent réchauffer nos pécheurs du dimanche. Bien qu'éphémère, ce soleil prometteur augurait du meilleur pour les événements à venir et la suite de l'entraînement des jeunes Dresseurs en vue de leur objectif.

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